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Pleins feux sur les chercheurs

Votre voix compte : Parminder Raina sur l’avenir du vieillissement au Canada

Article original de George Lee écrit pour This Curious Life disponible ici.

Et si l’avenir du vieillissement ne dépendait pas seulement des percées scientifiques, mais aussi du bons sens observé au quotidien dans les cuisines, les quartiers et les souvenirs? C’est dans cet esprit que s’est déroulé notre entretien avec Parminder Raina, l’un des plus éminents scientifiques sur le vieillissement au monde et l’un des leviers de Voice Canada. Parmi ses nombreuses fonctions, il est directeur scientifique de l’Institut de recherche sur le vieillissement de l’Université McMaster (MIRA) et chercheur principal en chef de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement. Comme il le confie à This Curious Life : « Nous nous dirigeons dans un monde où, qu’on le veuille ou non, les données sont importantes. Et si les données ne proviennent pas de personnes diversifiées, les réponses ignoreront la majorité de la population. »

Des histoires familiales à la science de la longévité

La trajectoire de Parminder Raina sur le vieillissement n’obéit pas à une simple inspiration, mais à une série de curieux petits virages. Il nous a raconté qu’à l’adolescence, alors qu’il venait tout juste d’émigrer de l’Asie du Sud pour s’installer Canada, on s’attendait de lui qu’il choisisse entre la médecine et le génie. Son travail en laboratoire a plutôt débloqué autre chose chez lui. « Je me suis rendu compte que j’aimais vraiment beaucoup la recherche, l’idée d’essayer de trouver des solutions, affirme-t-il. Elle faisait ressortir mon imaginaire et ma créativité. » Une conversation avec un statisticien lui a fait découvrir l’épidémiologie, la discipline où convergent les données, les gens et les répercussions sociales. « Ça me semblait la meilleure combinaison entre la recherche, quelque chose qui s’apparentait à la médecine et les répercussions sociales », explique-t-il.

Il avait aussi des motivations plus profondes. Son histoire familiale l’intriguait. « Du côté de mon père, les gens vivaient plus de 90 ou 100 ans. Du côté de ma mère, ils avaient tendance à vivre beaucoup moins longtemps, même s’ils évoluaient dans des environnements similaires. » Ce contraste observé tôt, conjugué avec les discussions sur le changement démographique, l’a orienté vers le vieillissement. « Ça s’est mis à cliquer. Le vieillissement pouvait être un domaine intéressant. Il rassemblait tout : la physiologie, la pharmacologie, les interactions médicamenteuses, des aspects qui deviennent tous plus prononcés avec l’âge. »

« La génétique a de l’importance. Pas autant qu’on l’a déjà cru, mais elle compte. La biologie est importante, mais les facteurs sociaux, les facteurs psychologiques et l’environnement le sont aussi. »

Le vieillissement perçu comme un processus complexe et un privilège

L’un des principaux messages que transmet Parminder Raina, c’est que le vieillissement ne se limite jamais à la biologie. « La génétique a de l’importance. Pas autant qu’on l’a déjà cru, mais elle compte, dit-il. La biologie est importante, mais les facteurs sociaux, les facteurs psychologiques et l’environnement le sont aussi. » Lorsqu’il observe la branche de sa famille caractérisée par sa longévité, il ne voit pas seulement les gènes en action, mais il constate que le mode de vie, les relations et la personnalité jouent des rôles tout aussi importants. Et il insiste sur un facteur que de nombreuses sociétés ont tendance à occulter : « C’est un privilège de vivre vieux. L’espérance de vie actuelle est une remarquable réalisation humaine. »

Il nous rappelle que ce changement est très récent : « Des années 1500 aux années 1800, l’espérance de vie était d’environ 40 ans », et c’est l’hygiène, la salubrité de l’eau, la meilleure alimentation, les accouchements plus sécuritaires et, bien sûr, l’homologation de la pénicilline qui ont changé les choses. « On peut tout bien faire les choses personnellement, mais si l’environnement est épouvantable, on ne peut pas survivre. » Selon lui, le vieillissement est un modèle de réussite, rendu possible par les politiques tout autant que par des choix personnels.

C’est là qu’il s’anime le plus. « Si nos données ne portent pas sur des populations diversifiées, nous allons obtenir des réponses qui ignorent une forte proportion des gens », souligne-t-il. Il propose ensuite son analogie favorite, le soccer. Si on demande à Chat GPT ou à un outil d’intelligence artificielle qui est le meilleur marqueur au soccer international, la réponse sera Cristiano Ronaldo. « Mais Ronaldo est quatrième, corrige-t-il. Les deux premières marqueuses sont des femmes. En fait, six des dix premières sont des femmes. Et la première au monde est une Canadienne, Christine Sinclair. » Pourquoi les résultats des recherches ne fournissent-ils pas des réponses non biaisées? « Parce que nos modèles de synthèse de données sont biaisés, répond-il. Si les données qu’on fournit ne procurent pas des résultats non biaisés, ils seront biaisés. »

Ce qui continue de piquer sa curiosité et un conseil

Parminder Raina se passionne tout particulièrement pour la mobilité, qu’il considère comme « un sixième signe vital du vieillissement ». Cette image est inspirée d’une dame âgée qui participe à l’une des études dirigées par la Pre Marla Beauchamp, directrice du MIRA | Dixon Hall Centre, qui a confié : « Je savais que quelque chose n’allait pas bien avant d’atterrir dans le système de santé. » Pour elle, les premiers indices provenaient d’infimes changements à sa façon de bouger. « La mobilité est d’ordre neurologique, physiologique et social, observe-t-il. Comment peut-on intervenir assez tôt pour éviter l’effondrement? Ici, notre équipe de recherche pense que les technologies intelligentes peuvent contribuer à saisir les changements précliniques de la mobilité. Vous ne porterez jamais une montre qui vous dira “Votre gène A fonctionne mal aujourd’hui”, mais il est facile de créer un outil numérique qui vous signalera “Vous bougez plus lentement qu’à l’habitude, est-ce qu’il y a quelque chose qui cloche?” »

Avant de terminer, nous lui avons demandé un conseil pour vivre non seulement plus longtemps, mais mieux. Sa réponse a été immédiate : « Donnez un sens à votre vie ». Il explique que le sens conforte le mouvement, les relations sociales, l’appétit et la motivation. « Si votre vie n’a pas de sens, vous ne bougerez pas. Si votre vie n’a pas de sens, vous n’aurez pas de relations sociales, ajoute-t-il. C’est pourquoi la santé se dégrade chez de nombreuses personnes après la retraite. Tout à coup, elles ont perdu leur sens. »

Selon lui, le sens, les relations intergénérationnelles, les bonnes politiques, les données de qualité et l’expérience de vie sont tous des aspects de la même histoire, l’histoire de notre vieillissement commun dans des parcours justes, concrets et profondément humains. C’est d’ailleurs pourquoi le projet Voice a tant d’importance pour lui. L’avenir du vieillissement ne proviendra pas seulement des laboratoires, mais de nous tous, et comme il nous le rappelle constamment, cet avenir commence par votre voix.

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