Les personnes âgées de l’Angleterre et du Canada présentaient des écarts de compétences persistants liés au revenu à mesure qu’elles vieillissent
En Angleterre et au Canada, les inégalités socioéconomiques entraînent des différences à mesure que les gens avancent en âge. Ainsi, selon les résultats d’une étude récente publiée dans PLOS Medicine qui a fait appel à des données de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ÉLCV), les personnes moins bien nanties présentaient une mobilité et une fonction réduites par rapport à leurs homologues mieux nantis.
La fonction physique diminue avec l’âge, mais le rythme de ce déclin varie considérablement selon les populations. On sait que la richesse influe sur la santé et les incapacités, mais peu d’études comparent différents pays, ce qui pourrait pourtant contribuer à établir les politiques et les structures qui contribuent aux inégalités sur le plan de la santé et du vieillissement. Pour corriger cet écart, Stephanie Schrempft, des Hôpitaux universitaires de Genève, en Suisse, épaulée par une équipe de recherche, a comparé les données de deux études prolongées sur le vieillissement et analysé 8 511 personnes de l’Étude longitudinale britannique sur le vieillissement et 22 605 personnes de l’ÉLCV, toutes âgées de 50 à 85 ans.
L’équipe de recherche a examiné l’association entre la richesse et diverses fonctions physiques, y compris, entre autres, la vitesse de marche, la force de préhension, la fonction pulmonaire, l’audition et les difficultés autodéclarées à vaquer aux activités quotidiennes, comme s’habiller, se laver et manger.
Les auteurs ont découvert que les personnes moins bien nanties avaient tendance à présenter une moins bonne fonction et un déclin plus marqué de la mobilité et de la capacité à vaquer aux activités quotidiennes à mesure qu’elles vieillissaient. Les inégalités de richesse étaient plus évidentes en Angleterre qu’au Canada et persistaient même après avoir tenu compte des affections chroniques, du poids et de comportements comme le tabagisme. Les caractéristiques étaient très prononcées, puisqu’elles ont démontré une différence du vieillissement apparent de 15 ans, la population anglaise de 60 ans moins bien nantie ayant la même vitesse de marche que celle de 75 ans la mieux nantie. Les femmes les moins bien nanties éprouvaient également plus de problèmes relatifs à la mobilité et aux activités quotidiennes que les hommes du même groupe socioéconomique, mais possédaient une meilleure fonction pulmonaire. Les résultats sont corrélationnels et ne pouvaient pas prendre en considération les facteurs liés à l’enfance ni les services de santé privés, mais les auteurs soulignent que les politiques relatives à un vieillissement en santé devraient porter sur les personnes les moins bien nanties et que de vastes changements structurels s’imposent pour réduire ces inégalités.
« Ce qui nous a le plus frappés, c’est que les écarts de richesse étaient beaucoup plus prononcés en Angleterre qu’au Canada, souligne Silvia Stringhini, l’une des autrices principales de l’étude. Pour quelque chose d’aussi fondamental que la vitesse de marche, les personnes les moins bien nanties avaient environ 15 ans de plus sur le plan fonctionnel en Angleterre, par rapport à neuf ans de plus au Canada. Notre étude ne nous indique pas exactement pourquoi deux pays disposant de soins de santé universels et présentant des inégalités semblables en matière de revenu divergent autant, mais elle démontre que cette différence est bien réelle et substantielle. Nous entreprenons d’autres études comparatives transnationales pour mieux comprendre les facteurs structurels responsables de ces écarts. »
« Nous avons été surpris de l’importance des inégalités de richesse en Angleterre par rapport au Canada, et nos recherches comparatives en cours visent justement à découvrir les raisons structurelles qui expliquent cette différence. »
Stephanie Schrempft, la première autrice de l’étude, ajoute : « Les gradients de richesse n’ont rien de nouveau, mais presque personne n’a évalué la véritable évolution du vieillissement fonctionnel entre les pays au fil du temps. En juxtaposant les personnes âgées de l’Angleterre et du Canada, nous avons pu constater qu’être moins bien nanti ne se traduit pas seulement par une moins bonne santé avec l’âge, mais aussi par une perte plus rapide de l’autonomie physique. »
« L’un des volets que j’ai trouvés les plus intéressants, c’est que la défavorisation liée au faible revenu n’était pas la même pour les femmes que pour les hommes. Les femmes les moins bien nanties éprouvaient plus de difficulté sur le plan de la mobilité et des activités quotidiennes, mais avaient une meilleure fonction pulmonaire que les hommes les moins bien nantis. On perd ce type de nuance quand on considère les personnes défavorisées comme un seul groupe. C’est pourquoi nous avons adopté une approche intersectionnelle, qui demeure rare dans le secteur de la recherche sur le vieillissement. »
L’histoire a été publiée dans EurekAlert! Lisez l’histoire originale ici.