Soutenu par un nouveau programme de stage de perfectionnement, le chercheur postdoctoral Amanuel Samago examine les obstacles aux soins de la population canadienne âgée.
Par Wendy Haaf
Avant que le docteur en santé publique et en épidémiologie Amanuel Samago arrive au Canada en provenance de l’Éthiopie en 2024, l’idée que la population d’un pays riche ne dispose pas d’un accès approprié aux soins de santé lui semblait tout aussi inimaginable que le temps glacial qui l’a accueilli à son arrivée en Saskatchewan.
« C’était un choc, dit-il, le sourire en coin. Je pense qu’il faisait moins 33. »
Son initiation de chercheur au système de santé canadien s’est révélée tout aussi révélatrice. Aujourd’hui, grâce au financement du nouveau programme de stages postdoctoraux Schulich, il étudie une lacune importante des soins dans le but de le corriger.
« Nous menons une analyse systématique sur les effets des besoins non satisfaits sur les résultats de santé et l’utilisation des soins de santé auprès de la population canadienne âgée atteinte de maux de dos chroniques », explique-t-il.
On estime que cette affection touche une personne canadienne de 65 ans et plus sur quatre. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, elle provoque plus de limitations du fonctionnement chez les personnes âgées que dans tout autre groupe d’âge. Une réadaptation active demeure le pilier du traitement.
En qualité de membre de la première cohorte de ce programme de stages postdoctoraux, Amanuel Samago s’appuie sur le travail antérieur de sa superviseuse, la Pre Jessica Wong, épidémiologiste et professeure adjointe à l’École de physiothérapie de la Faculté des sciences de la santé, de même qu’au département d’épidémiologie et de biostatistique.
« Lorsque les personnes âgées qui vivent avec des maux de dos chroniques ne reçoivent pas les soins dont elles ont besoin, c’est souvent à cause d’obstacles structurels comme les coûts, les temps d’attente, les problèmes de transport et la disponibilité des services », précise Jessica Wong.
La première phase des recherches d’Amanuel Samago puise dans les données de l’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement.
« Selon les données préliminaires, les besoins non satisfaits sont élevés, remarque-t-il. Évidemment, dans un pays à faible revenu comme l’Éthiopie, ce type de besoins est considérable, mais je ne m’attendais pas à une situation du même genre au Canada. »
L’intérêt d’Amanuel Samago pour la santé publique et l’épidémiologie remonte à son enfance en région rurale d’un comté est-africain. « Où j’ai grandi, de nombreuses mères mouraient à la maison sans aucun soutien pendant leur accouchement, raconte-t-il. J’ai commencé à demander pourquoi les services n’étaient pas accessibles, particulièrement dans les populations mal desservies, comme celles des mères, des enfants et des adultes âgés. »
Ces premières expériences l’ont incité à étudier la santé publique à l’Université de Hawassa, où il a obtenu un doctorat dans le domaine. Il détient également un doctorat en épidémiologie de l’Université de Navarre, en Espagne. Ses recherches ont porté sur la santé de la mère et de l’enfant, y compris une série d’initiatives visant à établir ce qui empêchait les mères d’accéder à des soins prénatals et à améliorer l’utilisation des services. « L’un de ces projets a accru de 27 % l’utilisation des services de santé aux mères dans une population rurale particulièrement mal desservie », précise-t-il.
À l’Université de la Saskatchewan, il a étudié la prévalence de l’arthrite rhumatoïde dans la population canadienne âgée, y compris les facteurs qui contribuent aux disparités ethniques. En plus de son stage postdoctoral, il a reçu un financement des Instituts de recherche en santé du Canada, qui prolongeront ses recherches à l’Université Western jusqu’à la fin de 2028.
« Amanuel possède une riche expérience de l’analyse statistique avancée et de la conception de la recherche, déclare Jessica Wong. La formation postdoctorale représente une importante passerelle vers la fonction de chercheur indépendant, mais c’est également une relation bidirectionnelle. Je tire constamment des enseignements d’Amanuel, et la bourse représente un soutien inestimable. »
De son côté, Amanuel Samago est reconnaissant de l’expérience qu’il acquiert. Au-delà de la recherche, il développe des compétences de mentorat et supervise quatre étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs d’horizons diversifiés, une expérience qui, à son avis, renforce sa capacité à soutenir la prochaine génération de chercheuses et chercheurs.
Les questions qui ont inspiré sa carrière continuent de l’orienter. « J’espère que les résultats de mes recherches m’aideront à éclairer les politiques en santé afin d’améliorer la qualité, l’accessibilité et l’équité des soins dans la population canadienne âgée qui vit avec des maux de dos chroniques. »
L’article original a été publié en anglais sur le site Web de l’École de médecine et de dentisterie Schulich de l’Université Western. Lisez l’histoire originale ici.